Chanel News

  • Par Elisabeth Quin
    dans SHOW INSIDER. (Dernière mise à jour : Samedi 10 mars 2012)

    PRÊT-À-PORTER AUTOMNE-HIVER 2012/13
    PAR ELISABETH QUIN

    J’aime, j’aime, gemme. Facile mais irrésistible, au vu du décor grandiose qui accueillait la collection au Grand Palais. Un sol immaculé, scintillant, sucre ou neige, d’où jaillissait une forêt de cristaux géants, violines, blancs, translucides, ou délicatement grisés. Un monde du silence extra-humain, rappel de la tradition joaillière de la maison, féerie minérale surdimensionnée qui enchante, comme nous émerveille le sens du détail et l’« à propos » ludique de la maison Chanel. Car il y a de la maille dans les cristaux.

    Le cristal, emblème de la collection, qui orne avec munificence les colliers-torque, les revers de manteaux, les robes de tweed sec, les maquillages merveilleux de Peter Philips – sourcils brodés par Lesage – le cristal, donc, est un solide mystérieux et presque magique à force de luminosité, composé d’un empilement ordonné d’atomes. Un motif d’atomes se répète selon un réseau régulier, dont la plus petite partie qui permet de recomposer l’empilement d’atomes s’appelle… la maille.
    Quant à la silhouette automnale de Chanel, elle ne manque ni d’esprit, ni de rythme, ni de chic. Petites têtes, cheveux lisses, sandales en cuir dégradé à la découpe asymétrique, hauts talons en plexiglas ornés de cristaux, pantalons coupés près du corps ou leggings précieux deuxième peau : extension du domaine de l’allure.

    Une allure aux multiples facettes ultra-séduisantes : street-wear transfiguré par les broderies et l’admirable coupe des parkas en tweed; féminité conquérante avec le coeur de la collection, la superposition. Jupes évasées sur petits pantalons archi-raffinés fermés par un bouton, veste en tweed. Cette troïka se métamorphose avec de somptueux manteaux courts sur robes parfaitement pures en tweed sec, un audacieux legging vert lichen, sa veste améthyste, et sa jupe boutonnée en biais, ou un ensemble en dentelle taupe plastifiée, pantalon, robe et mini-veste, follement léger.

    Désirable, la capuche : omniprésente, mais joueuse, luxueuse, lorsqu’elle est géante, ou brodée de mini-cristaux. Elle signe une féminité d’aujourd’hui, irriguée par la rue, la vie qui pulse, pour une fille Chanel jamais déconnectée de son époque trépidante et complexe.
    Capuche d’enfant, de moine, de rappeur, capuche qui dissimule le visage autant qu’elle en exalte les traits, et le protège…
    Quelques applications de plumes aux subtiles couleurs de l’automne en forêt sur des petits cols, les épaules d’un manteau ou une veste intégralement brodée.

    De merveilleux longs manteaux en tweed ceinturés dans le dos, portés avec la désinvolture chanelienne, pourquoi pas mains dans les poches ?
    Des jeans améthystes ou émeraudes, zébrés de coutures lumineuses, énergiques, un mix-match irrésistible : pantalon en tweed dévoré gris et blanc, pull en maille à gros carrés, chèche à l’exubérant imprimé mosaïque. Et soudain une poésie aérienne, avec une simplissime robe de voile noir, chèche anthracite autour du cou… Une vestale d’hiver.

    Et toujours ces bijoux majestueux, affirmant la puissance du minéral, son osmose avec le féminin : superpositions de manchettes en métal ornées de cristaux, plastrons ornés de turquoises et de gemmes couleur d’orage, colliers géométriques 70’s piqués de cristaux.

    Photos Backstage par Benoît Peverelli

     
  • Par Elisabeth Quin
    dans SHOW INSIDER. (Dernière mise à jour : Vendredi 3 février 2012)

    HAUTE COUTURE PRINTEMPS-ÉTÉ 2012
    PAR ELISABETH QUIN

    Évasion spirituelle. Transport amoureux immobile!  L’amour est là, dans cette collection Haute Couture Printemps-Été 2012, l’amour de l’excellence, des matières, du spectacle, du savoir-faire si précieux des artisans d’art dévoués à la maison Chanel. L’humour aussi… « Catch me if you can » : il y avait mardi 24 janvier au Grand Palais, dans cette carlingue d’avion minutieusement reconstituée, un je-ne-sais-quoi de l’insouciance des sixties, avec leur mythologie aérienne des années Pan Am, les hôtesses à l’air mutin, la fraîcheur de la ligne claire, une élégance souriante, tellement bienvenue en 2012. Pas de Business class, tout le monde est assis en Première, c’est la démocratie selon Chanel!

    Tandis que défilaient lentement de merveilleux nuages au-dessus de nos têtes – sérieuse entorse aux normes de la construction  aéronautique -, la collection démarre par une série de robes courtes pour le jour, étourdissantes de pureté, encolures molles, tailles basses, poches sous les hanches, favorisant le geste emblématique de l’esprit de la collection : les mains dans les poches. Les mains libres de tout accessoire, l’esprit libéré des contraintes bourgeoises, désinvolture très Coco Chanel, élégance, un zeste d’insolence. Comme il se doit entre ciel et terre, la Couture décline toutes les nuances du bleu, cette couleur synonyme d’infini, mais aussi de l’opulence et de la royauté. Bleus ardoise, saphir, lavande, turquin, cobalt, lapis-lazuli, bleus de minuit et marine, sans oublier le noir cher à Chanel.

    Toutes nuances sublimées par le jeu de la lumière sur les paillettes et les broderies de cristaux, de cabochons, de plumes et de strass. Du mat au luisant, on aurait voulu toucher cette robe toute en paillettes bleues pales, aux manches bouffantes, rebrodée de motifs évoquant l’arc-en-ciel ou l’œil de paon. On rêvait de caresser d’une main précautionneuse cette jupe longue de tweed bleu gris rebrodée de filaments iridescents, tweed se muant en dentelle par on ne sait quel sortilège. Longues robes-manteaux noires, audace de cette robe noire courte aux bretelles près du cou, dessinant une encolure de gymnaste, contredite avec une grâce folle par deux manches plissées-sculptées d’oiseau de paradis.

    Maîtrise d’une collection naviguant entre la silhouette des années 20, le graphisme des années 60, et la bouderie enragée punk des années 80 avec ces coiffures crypto-iroquoises rehaussées de bijoux de tête somptueux (très loin de l’esthétique d’un punk à chien…). Camélias luisants, lunes serties de pierreries, plumes jaillissant dans un froufrou céleste. Les bas rebrodés de constellations d’étoiles au-dessus du genou sont déjà au panthéon des objets du désir de la collection.

    Un nuage passe à l’intérieur de la carlingue, ils sont forts chez Chanel! C’est un nuage vaporeux comme une robe du soir d’une émouvante pureté, c’est déjà la fin du défilé, on lève alors les yeux vers le plafond de verre qui fait apparaître une nuit étoilée.
    « Un avion supersonique me coupe d’un Bang la pensée, et laisse après lui dans le ciel son paraphe, silencieux, frisé, blanc, blanc » (Louis Aragon)

     
  • Par Elisabeth Quin
    dans SHOW INSIDER. (Dernière mise à jour : Jeudi 15 décembre 2011)

    MÉTIERS D’ART PARIS-BOMBAY
    PAR ELISABETH QUIN

    Un parfum de jasmin s’échappe de la galerie courbe du Grand Palais. Inattendu en décembre. D’immenses lustres de cristal sont fixés à la charpente métallique industrielle. Les murs de brique ancienne sont recouverts de marbre gris pâle sculpté comme sur la façade d’un palais Moghol. Douce hallucination. La lumière dorée des bougies ruisselle sur des corbeilles de mangues, de roses et de pistaches, un train miniature argenté parcoure imperturbablement des dizaines de mètres de rails électrifiés sur une table de banquet princier comme on n’en avait jamais vue à l’ouest de Jaisalmer.

    La cheminée du Dar(jee)ling Express arborant le double C Chanel fume. Ce train adorable est l’allégorie de la présentation : un voyage immobile, hors du temps dans une Inde imaginaire recréée au Grand Palais des Maharadjahs par Karl Lagerfeld et Chanel pour célébrer les Métiers d’Art si précieux à la maison. L’évidence jaillit : l’Inde est faite pour Chanel. Coco Chanel avait d’ailleurs dessiné fin 50 et début 60 quelques vêtements inspirés du vêtement indien.
    Opulence des matières : brocarts de soie, lamés or et argent, crêpe, satin duchesse, perles, broderies, motifs de floraux moghols peints à la main, cascades de perles.

    Androgynie du vestiaire traditionnel revisité avec beaucoup d’humour et une grâce folle : jodhpur blanc et veste en tweed blanc près du corps; « salwar », le pantalon de pyjama slim porté sous la tunique fluide, le « kameez », dans des variations ornées de strass, de gerbes de blés dorés sur fond noir; saris et sarouels superposés sur d’exquis « salwar », ou avec des cuissardes en cuir blanc souple tatoué, en velours grenat strassé, zippées; beaucoup de jupes-sarouel emblématisent cette collection, avec ce drapé caractéristique, si sensuel , qui libère la démarche; on a aimé la redingote militaire constellée de strass, les variations sur l’ »atchkan », la veste de brocart au fameux col Nehru, avec des poches brodées de miroirs, ou des ornements de perles baroques. On a adoré cette veste militaire inspirée du perfecto brodée de milliers de paillettes dorées portée avec une jupe blanche à panneaux évasés brodée de galons d’or, digne d’un derviche tourneur. Succombé au blouson diamanté aux épaules comme à l’irruption du « rani pink », le rose indien sonore comme un pétard, somptueusement apprivoisé par une veste de tweed découpé sur un sarouel lamé or et par un tailleur parfait rose et noir. On a adopté en songe une robe blanche du soir jouant avec son « dupatta », le long pan en voile. La Fugitive, comme dirait le poète Rabindranath Tagore.

    Beaucoup de sandales plates de vestales pour une allure fluide et juvénile, mais aussi des chausses néo-rock inspirées des « mojaris », et des bottines plates au gout Swinging London brodées de sequins dorés. Les mitaines-bijoux de main en cuir ou chaînes d’argent, les coiffures rasta-punk apportaient un twist hippie de luxe-Goa dans les seventies que renforçait la bande-son psychédélique de Michel Gaubert.

    Au final, cette collection féerique dédiée aux exceptionnels savoir-faire des Métiers d’Art exalte une Inde de rêve mais l’allure ultra-moderne de son héroïne, androgyne et féminine à la fois, puise aux sources de l’histoire et de la spiritualité indiennes : Shiva et Shakti, les principes masculins et féminins sont unis et réconciliés. La femme Chanel a réalisé son dharma.

    Photo © Olivier Saillant

     
  • Par Elisabeth Quin
    dans SHOW INSIDER. (Dernière mise à jour : Jeudi 13 octobre 2011)

    CHANEL MA VIE AQUATIQUE
    PAR ELISABETH QUIN

    Jules Verne ? Wes Anderson ? Georges Méliès ? Vingt Mille lieues sous la mer ? Saisissante re-création d’un fond sous-marin, ce paysage blanc immaculé d’algues, de raies manta, de requins et de coquillages, osant le rêve et la candeur, pour une certaine idée de la mode, optimiste plutôt que mortifère.

    Ainsi donc, captifs d’un songe extravagant, émerveillés, voyageant déjà avant le premier passage, on attendait la déclinaison du thème sous-marin à travers la collection.

    Elle fut magistrale, car faussement simple, et jamais pléonastique. Pas de sirènes dans des fourreaux moulants au programme… Par contre, une silhouette plus jeune et légère que jamais. Beaucoup de longues jambes fuselées, robes et jupes qui découvrent le genou, de la maille luxueuse et souple, merveilleux pulls blancs portés sur des jupes amples, l’image même de l’élégance sans ostentation. On a aimé les mini-mini shorts en jean plastifié portés sous des vestes déstructurées, le petit haut brodé comme un parterre d’anémones de mer, les veste découpées sensuellement sur les reins, la robe brodée d’écailles mordorées. La collection semble avoir capturé les jeux iridescents du soleil sur l’onde, tout est lumière.

    Le tweed est irisé grâce au lurex, la nacre s’invite en applications ciselées sur les tailleurs. Un travail poussé sur les matériaux renforce la modernité et le pep’s des silhouettes. Un perfecto en dentelle de silicone conçue par Sophie Halette est parcouru par un passe-poil nerveux de plastique noir. Raffinement extrême.

    Un humour subtil imprègne la collection. Ainsi la robe brodée aux épaules et sous la taille d’un trompe-l’œil de dentelles d’algues ! Plus que jamais, Karl Lagerfeld s’amuse.

    Les talons en branche de corail, en coquillages perlés, les boucles d’oreilles et bagues en forme d’oursins, les pochettes-coquillage, les sacs matelassés rectangulaires enchaînés comme certains paquets récupérés par les douaniers des mers ont enchanté… Obsédantes, les bottines noires et blanches ou argentées donnaient aux silhouettes du mouvement, et un léger parfum londonien période Swinging Sixties.

    Motif iconique de la maison Chanel, la perle était dans son élément ! Assemblée en délicates ceintures sur quelques robes courtes, elle s’est métamorphosée en broderie de peau, pour des alignements quasi-surréalistes sur les colonnes vertébrales.

    Légèreté, inventivité, raffinement, pour une collection follement oxygénante, qui se conclut par l’apparition botticellienne de la chanteuse Florence Welch, sortie d’un coquillage géant pour chanter accompagnée d’un harpiste.

    Tandis que sa voix terrassante emplissait le Grand Palais, on pensait aux mots de Paul Valéry dans Le cimetière marin :
    « Une fraîcheur, de la mer exhalée,
    me rend mon âme… O puissance salée !
    Courons à l’onde en rejaillir vivant ! »
    et on se disait que cette collection était précisément cela, vivante !

    Photo © Olivier Saillant

     
  • Par Elisabeth Quin
    dans SHOW INSIDER. (Dernière mise à jour : Mercredi 13 juillet 2011)

    LE DÉFILÉ HAUTE COUTURE
    PAR ELISABETH QUIN

    Perchée en haut d’une Colonne Vendôme noire et blanche, une Coco Chanel chromée n’accueillait pas les invités du défilé Haute Couture au Grand Palais, mais surplombait, impassible, l’agitation du soir, de l’été 2011, du monde de la mode, du siècle… Image insolente, mais contre-plongée irrévérencieuse en retour, car en levant les yeux vers Coco, nous voyions sous sa jupe… Les dessous de la création ? Karl Lagerfeld s’est amusé avec la muse, une fois de plus, tendrement. Et a offert avec cette collection Haute Couture un survol brillant des silhouettes, codes, fétiches et emblèmes de Chanel, de 1880 à 2011 !

    Très 2011, l’impératif ultra-féminin qui s’accompagne d’un soupçon d’androgynie, le luxe refusant l’ostentation, un je-ne-sais-quoi de furieusement rock’n’roll venant chahuter l’élégance absolue. Ainsi des mitaines en voile noir brodé accompagnant une robe du soir fuchsia à décolleté bateau. Ainsi du tailleur du soir matelassé, pailleté et brodé enhardi par un zip sur toute la longueur de la veste et de la jupe, parfait l’inspiration combinaison de motard ! Ou encore ces effilochés de plumes, de voile, des dentelles qui donnent de l’air et de l’esprit aux cygnes noirs et blancs du soir. Les jupes à quilles, les somptueuses vestes à basques accentuées, les cols Claudine, les tailleurs sans col, les tailleurs droits sont revisités avec ici, une épaule découpée sensuellement, là, une constellation de boutons strassés en trompe-l’œil, là encore un col montant à-la-Karl exaltant la féminité d’un port de tête. Et les bottes bi-colores, transparentes ou intégralement brodées par Massaro affirment jeunesse et mouvement.

    Très 1880 ? Le canotier ! Omniprésent, spirituel, orné de plumes, de tulle, de rubans, brodé, piqué de camélias, recouvert de tweed, le canotier était de tous les passages, véritable point d’exclamation de la collection. Il est indissociable de Coco Chanel, qui l’a adoré pour sa simplicité et adopté alors que seuls les as du canotage et de la petite reine le portaient au début du XXème siècle. Dans la nuit étoilée du Grand Palais, on pensait au tableau de Renoir « Le déjeuner des Canotiers » chez le père Fournaise à Chatou, en 1881. À la chanson des canotiers « Sous leurs vareuses et leurs toquets, les canotiers sont plus coquets que tous ces tas de freluquets ! » (dans Canotage, Glouglou, Stella et Mignonne d’Alain Chartier, 1859).
    Résultat : un va-et-vient brillant et ludique à travers le temps, proposant une silhouette jeune, infailliblement élégante, l’esprit en plus…

    Regardez le défilé en intégralité sur chanel.com

     
  • Par Elisabeth Quin
    dans ARCHIVES. (Dernière mise à jour : Lundi 7 mai 2012)

    EDEN-ROC, COLLECTION CROISIÈRE
    PAR ELISABETH QUIN

    « Un miracle de lumière écumeuse suspendue aux étoiles » : c’est ainsi que le romancier Scott Fitzgerald évoquait dans les années 20 la magie de la Côte d’Azur, et c’est ce même miracle qui a nimbé la soirée Croisière à l’Eden-Roc lundi 9 mai.
    Ayant traversé lentement la pinède enchantée de l’Hôtel du Cap, Vanessa Paradis, Caroline de Monaco, Anna Mouglalis, Blake Lively, et une poignée d’heureux du monde prirent place aux petites tables installées de part et d’autre de l’allée centrale menant à la mer. Un printemps en pente douce, comme si la terre penchait… Les premiers passages définirent magistralement la collection : moins « juvénile sixties » que la Croisière tropézienne 2010/11, cette collection Croisière a été voulue très feminine, très sexy, très glamour par Karl Lagerfeld, pleine de clins d’oeil à la mythologie azuréenne des années 20, 30 et 40, mais sans nostalgie. La nostalgie c’est l’ennemie du mouvement. Focus sur des tailleurs jaunes jonquille et mauves très près du corps, comme une deuxième peau, chahutés par de géniales bottes futuristes néo-japonaises, découpées autour des orteils : la silhouette est longue, l’allure contemporaine !
    Le noir et blanc géométrique d’un gilet, d’une cape fluide rappelle une composition picturale de Fernand Léger datant des années 20. Une série de maillots de bain strassés, très échancrés sur les fesses font penser aux fantasques Marie-Laure et Charles de Noailles et à leur film d’art gymnastique et d’avant-garde, « Biceps et Bijoux ». Bijoux, justement, et cailloux sublimes ! La joaillerie est la reine de la collection, une petite robe noire quintessentielle de Chanel est sublimée par un collier Comète en diamants, posée sur l’épaule de Karolina Kurkova. Ici, dans ce monde suspendu entre rêve et réalité, sur cette Riviera légendaire, les bijoux comme les marquises sortent à 5 heures, et prennent des bains de mer. « Le sel marin, ça corrode les bijoux fantaisie, alors que les diamants adorent l’eau de mer. Ça suffit, les vieux diktats sur la joaillerie réservée au soir ! » s’amusait Karl Lagerfeld.
    Moment quasi-cinématographique, le passage de Kirsten Mc Menamy entourée de jeunes hommes beaux comme des astres : il y a soudain un parfum hollywoodien dans l’air du soir, comme si la Rita Hayworth des années 40, l’épouse d’Ali Khan était parmi nous, mais à des années-lumières, glam’ oblige. A moins que ces personnages en cardigan à côtes et trenchs merveilleusement aériens ne soient le Beau Gosse, Perlouse et La Championne de Tennis, tout droit sortis du « Train Bleu », l’opérette musicale de Cocteau et Milhaud, dont Coco Chanel fit les costumes en 1924.
    Après La Croisière et ses muses d’hier et d’aujourd’hui, collection renversante de chic intemporel, l’on alla s’asseoir sur des petites chaises en bois pour découvrir le nouveau moyen-métrage de Karl Lagerfeld, « Tale of a fairy », tourné en trois jours par le maestro, alternant entre noir et blanc et couleur, explorant l’androgynie et les intermittences du cœur, accueilli par des applaudissements épatés.
    Vu la charge émotionnelle, la force des trois personnages féminins et la tenue de la mise en scène (Ophüls, Thomas Winterberg, sortez de ce corps !), on attend maintenant le court-métrage… La Fairy laissa sa place au Ferry : le dandy crooner Brian Ferry offrît un concert plus que privé, plus que parfait, en osmose avec l’élégance magique d’Eden-Roc et de la collection Croisière. Love is the drug. Beauty is a manifesto.

     
  • Par Elisabeth Quin
    dans ARCHIVES. (Dernière mise à jour : Lundi 7 mai 2012)

    LE JOUR OÙ LE MOBILE ART S’EST POSÉ
    À L’INSTITUT DU MONDE ARABE…
    PAR ELISABETH QUIN

    Un vaisseau spatial sensuel et pacifique. Un rêve futuriste. Un grand animal endormi, doux et lumineux… L’arrivage du Mobile Art de Zaha Hadid sur le parvis de l’Institut du monde arabe (IMA) à Paris a des allures d’hallucination mais possède la force de l’évidence.
    Après avoir fait escale à Hong Kong, Tokyo et New York en 2008, le pavillon d’exposition itinérant qui présentait des œuvres d’artistes contemporains inspirés par les codes de la Maison Chanel, en a terminé avec sa vie de nomade.
    Il avait été conçu en 2007 pour Chanel à la demande de Karl Lagerfeld, très admiratif du travail de Zaha Hadid. « Dessine-moi un pavillon ! » demanda le premier à la deuxième. L’enfance de l’art (mobile !).
    Le résultat fut ce pavillon de design inspiré par la forme du « donut », le beignet, une structure démontable de 80 tonnes, 45 mètres de long et 700 m² de surface utile, aussi aérienne en apparence que technologiquement sophistiquée.
    À la demande de Dominique Baudis, le président de l’IMA, Chanel a offert le Mobile Art à cette institution. Il ne s’agit pas de mécénat, mais d’un don. Un geste gratuit, sans exigence de contrepartie. Une passion en somme…
    Et c’est un triple événement, architectural, urbanistique et politique, qui a été célébré le 28 Avril au soir à l’IMA, avec Karl Lagerfeld et les deux « starchitectes », deux Prix Pritzker : Zaha Hadid et Jean Nouvel.
    Le Mobile Art est la première réalisation de l’architecte britannique d’origine irakienne dans Paris. Il était temps ! Son installation sur le parvis de l’IMA inaugure un dialogue émouvant, passionnant, entre deux chefs-d’œuvre : le bâtiment de l’IMA, dessiné par Jean Nouvel en 1981 et inauguré en 1987, rectangle parfait, puissant, orné des moucharabiehs, si emblématiques de la tradition architecturale arabe, et le Mobile Art, ou l’intuition et le constructivisme, avec ses formes organiques et sa « peau » intérieure.
    Deux conceptions de l’architecture, deux principes, l’un masculin, l’autre, éminemment féminin et sensible.
    Le dialogue est noué. Contraste et complémentarité. Osmose magique… Après l’exposition inaugurale, « Zaha Hadid, une architecture » qui plonge le visiteur dans les recherches fascinantes de Hadid sur le paramétrisme, le Mobile Art deviendra dès octobre 2011 un lieu d’exposition de la création contemporaine dans le monde arabe.
    « Nous habitons le béton et le rêve » disait Adam Zagajewski, un des poètes présents lors de la soirée d’inauguration. Le rêve est là-bas, sur le parvis de l’IMA.

    Photo : Delphine Achard

     
  • Par Elisabeth Quin
    dans ARCHIVES. (Dernière mise à jour : Lundi 5 mars 2012)

    LE DÉFILÉ PRÊT-À-PORTER
    PAR ELISABETH QUIN

    Imaginez le Grand Palais transformé en paysage post-apocalyptique. En tableau grandeur nature d’Anselm Kiefer. Ou en délire à la Michel Houellebecq, période Lanzarote.

    Sable noir répandu sur le sol. Planches de bois brut en guise de catwalk. Ombres, rêves, souvenirs d’arbres faméliques peints tout autour de la nef. Fumerolles s’échappant du sol. Saisissant, inquiétant… Grandiose, comme ces deux boîtes géantes d’où jaillirent les mannequins, ombres chinoises incendiées par une lumière aussi blanche qu’une combinaison anti-radiations.

    Ce n’est pas un Automne-Hiver 2011/12 languide et romantique, doux, tendre et rassurant que propose Karl Lagerfeld, c’est une collection radicale, grunge, anti-bourgeoise, qui électrise singulièrement Chanel.
    Une silhouette subversive. Qui emprunte à la rue, au rock, à la nuit quelque chose de dur, d’hostile, et le transforme en grand chic insolent, guerrier, « mecton » super sexy. Une silhouette dont l’élégance invalide toute idée de classicisme, de féminité perchée et dandinante. Ce sont des femmes capables de jouer avec les archétypes du viril et du féminin qui porteront et emporteront ces vêtements !

    L’emblème de la collection en est les Rangers. Ces brodequins de marche adoptés par les militaires américains dès 1944, puis par toute la soldatesque des cinquante dernières années. Chez Chanel, elles terminaient quasiment toutes les silhouettes de façon brillante, que ce soit une cape à effet de côte de maille métallisée argenté, une veste en tweed à motif pied-de-coq lumineux et pantalon en lainage, une excitante superposition de micro-robe noire brodée et veste col châle matelassée portées sur des leggings charbonneux disparaissant dans des « écharpes de cheville » !

    Même décalage pour de superbes mini-vestes boléros en tweed et boutons bijoux, sur vestes noires très austères, pantalons en lainage anthracite et croquenots vert bronze.
    Ou pour la somptueuse veste bleu canard, entièrement pailletée donnant un je-ne-sais-quoi de luxueusement désinvolte à un pantalon noir quasi-japonais, le tout « cassé » par les rangers du soir…

    La rupture, la surprise, le coup d’état permanent ! On a eu un coup de foudre absolu pour les combinaisons, autre symbole de cette collection, déclinées pour le ski, pour la campagne, ou pour la ville. La plus désirable, portée par Caroline de Maigret, est sensuellement zippée sur les épaules et le décolleté, noire et pailletée.

    Jamais n’y avait-il eu dans une collection de Prêt-à-Porter Chanel autant de références et clins d’œil au monde du travail et à la rue. Coup de foudre aussi pour la maille, et ces deux longues robes grungy-chics, confortables, rassurantes, dans des nuances de gris chiné, avec leurs boutons bijoux, et, bien sûr les Rangers Chanel !

    Des petits sacs ronds, noirs ou blancs, étaient portés sur la main comme des poings américains. Une cheville nue, tout de même, çà et là, mettait en valeur un pantalon large aux revers remontés sans y penser. Les combinaisons du soir se sophistiquent de dentelles, de motifs ajourés, de jeux sur le visible et le deviné, le B.A BA de la séduction, et c’est une silhouette définitivement anti-bourgeoise, anti-dadame qui triomphe dans cette collection époustouflante de personnalité, de rock attitude, d’allure.

    Regardez le défilé en intégralité sur chanel.com

     
  • Par Elisabeth Quin
    dans ARCHIVES. (Dernière mise à jour : Lundi 6 février 2012)

    HAUTE COUTURE, HAUTE CULTURE…
    PAR ELISABETH QUIN

    La Haute Couture est tissée de rêve, de labeur, d’or et d’exception. Elle est un hymne à la main de l’artisan du luxe, une folie assumée, un dinosaure fabuleux, une Atlantide dont le miroitement nous émeut deux fois par an, nous rappelant qu’aux temps de la mondialisation et de la fabrication industrielle, un sanctuaire demeure, celui du vêtement fait-main, fait d’amour, fait de centaines, voire de milliers d’heures de travail.
    La Haute Couture est une appellation juridiquement contrôlée mais poétiquement incontrôlable !
    Elle fait vivre aujourd’hui en France des artisans, des ateliers, des fournisseurs qui transmettent aux nouvelles générations leurs fabuleuses pratiques. La maison Chanel a acquis et regroupé plusieurs de ces ateliers, dont le brodeur Lesage et le plumassier Lemarié, permettant la transmission des savoir-faire, et la pérennisation de ces métiers… d’art !
    Trésor national français, la Haute Couture a été néanmoins inventée par un anglais : Charles Worth, sous Napoléon III. La France, qui avait étêté un roi à peine un siècle auparavant, comprit vite que le luxe pouvait être un irremplaçable ambassadeur du savoir-faire français.
    Après Worth, les couturiers Callot, Patou, Poiret, Vionnet, Lanvin habillèrent les femmes, sans toujours penser au corps des femmes…
    Et puis arriva Gabrielle Bonheur Chanel, dite Coco, cigarette au bec et mains dans les poches, nonchalante, allurée, follement élégante dans ses fluidissimes ensembles de jersey, qui libéra les femmes. Il fallait y penser. Il fallait posséder cette assurance, ce don d’anticiper sur les envies et les désirs des femmes qu’elles-mêmes ne connaissaient pas encore. Chanel révolutionnaire et prophétique ? Certes !
    La collection Haute Couture Printemps-Été 2011 de la maison Chanel a établi une lumineuse passerelle entre les années 20 et le XXIe siècle.
    Des tailles basses, des bustes menus, des pieds légers, chaussés de ballerines aux attaches transparentes, des couleurs de nuages, de perle, des ondées de paillettes irisées, des tuniques brodées portées sur des jeans Couture allongeant indéfiniment la jambe : plus juvénile, plus aérienne que jamais, réfutant toute lourdeur bourgeoise, la collection est d’une grâce absolue, et le luxe des matières s’y exprime avec un sens consommé de l’understatement.
    Celui qui était une deuxième nature pour Coco Chanel…

    Photo : Benoît Peverelli

     
  • Par Elisabeth Quin
    dans ARCHIVES. (Dernière mise à jour : Lundi 5 décembre 2011)

    LE DÉFILÉ PARIS-BYZANCE
    PAR ELISABETH QUIN

    Neige et pluie mêlées sur Paris le 7 décembre 2010 au soir. On franchit la
    grille noire du 31 rue Cambon, on monte vers le salon Couture et ce faisant,
    on passe le seuil d’un espace-temps magique qui nous ramène 15 siècles en
    arrière sur les rives du Bosphore, au coeur de l’empire byzantin quand
    Constantinople n’était pas encore Istanbul mais la Sublime Porte entre l’Orient et l’Occident ! Les murs sont recouverts de paillettes mordorées, des
    lanternes orientalistes diffusent une sensuelle lumière de harem, on est
    tenté de s’allonger sur de profonds sofas recouverts de coussins peints à la
    main. Turkish delight… Paris est loin… C’est alors que s’élève un son
    génial, ironique, éternel, le bruit des pièces de monnaie dans la caisse
    enregistreuse des Pink Floyd, sur l’album The dark side of the moon (1973).
    L’ humour de Karl Lagerfeld a encore frappé. La présentation commence…
    Redingotes très près du corps en tweed noir brodé de fil d’or, cuissardes
    bicolores, coquille d’oeuf et noir, caban parfait, pantalons slim fuselés
    comme une seconde peau de satin : la femme qui défile et se démultiplie sur
    les volutes psychédéliques des Floyd est affolante d’androgynie racée. Elle
    est aux antipodes de tous les clichés callipyges convoqués par les noms
    Byzance et Istanbul. S’il y a Sultane, celle-ci a le pied ailé – chaussé de
    sandales plates à motifs d’arabesques, les hanches étroites, la taille
    fine prise dans des petites jupes de tailleur encanaillées par des perfectos
    du soir rebrodés. Madame rêve à un devenir-Sultane, pour un jour ou une nuit,
    ce n’est pas un destin, c’est un jeu…
    Les accessoires sont extravagants de raffinement, sacs 2.55 brodés par Lesage, réticules en forme de petites bouillottes chinoises ornées de pierreries, plastrons dont l’opulence est subtilement contre balancée par la coupe rigoureuse des robes qu’ils rehaussent.
    Suivent des tuniques de maharanis et brodequins de satin rouge à
    talons-bijoux, une implacable robe noire à col de satin blanc, une jupe de
    cuir noir et sa veste à manches trois quart, des tweeds lie de vin, marron
    glace, avoine, vieil or, de longues mitaines matelassées bronze… Savoir-faire des artisans d’art ! Variations féeriques autour de la mosaïque, emblématique de l’art byzantin !
    Emballement total pour les pantalons de harem vert émeraude portés taille
    basse ou baggy, comme le modèle en velours côtelé qui exhale un séduisant
    parfum « hippie de luxe »… de fait, tous les Orients et quelques Sud sont
    suggérés dans cette collection, de Pierre Loti à Justinien et même Talitha Getty à Marrakech au début des années 70, lorsque passe une sublime robe du soir en voile ajouré et brodé… les filles bougent avec une nonchalance presque… opiacée, une tunique noire et blanche des Croisades côtoie une veste du soir en paillettes d’or, qui se portera ouverte, dans l’innocence de sa beauté, parce que ce luxe-là est le contraire de l’ostentation, il est mat comme on le dit d’un or ou d’une surface…
    Et lorsque surgit la top Freja Beha pour le dernier passage, hiératique cape
    longue noire, allure folle, souveraines matières, voile, dentelle, broderies,
    c’est l’Impératrice de Constantinople Theodora que l’on croit entrevoir,
    Theodora telle que Karl Lagerfeld la vit et… l’adora sur une des mosaïques
    de la Basilique San Vitale de Ravenne.

    Photos : Olivier Saillant

     
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